Article publié dans la revue Pour un monde plus humain de UP for Humanness en avril 2026
Riche de son expérience comme professeur d’EPS et comme enseignant en STAPS, Guillaume Dietsch analyse les difficultés que rencontre la diffusion du sport dans le système éducatif français. Il nous partage ainsi sa conviction profonde : le sport constitue un outil éducatif essentiel à la construction personnelle de tout jeune.
« Plus de sport à l’école » s’est imposé comme un mot d’ordre politique, porté par l’élan des Jeux olympiques et paralympiques de Paris. Face à la sédentarité croissante des jeunes — seule la moitié des garçons et un tiers des filles atteignent les recommandations de l’OMS1 — le ministère de l’Éducation nationale a généralisé les « 30 minutes d’activité physique quotidienne » (APQ) en primaire, en complément des heures d’Éducation Physique et Sportive (EPS) obligatoires.
Des ambitions partagées, des obstacles persistants
Sur le terrain, l’enthousiasme olympique se heurte à la réalité. Si la France affiche 3h d’EPS obligatoires en primaire, le temps effectif n’atteint souvent qu’1h50 par semaine2.
Plusieurs raisons peuvent être évoquées : les inégalités d’accès liées aux équipements, la multiplication des dispenses médicales, la baisse des heures de formation en EPS pour les professeurs des écoles, ou encore le poids persistant des « fondamentaux » (français, mathématiques) dans la hiérarchie des disciplines et des programmes.
Résultat : seules 42 % des écoles appliquent effectivement le dispositif « 30 minutes d’APQ » pour la majorité de leurs élèves, un chiffre bien inférieur aux 90 % avancés par le gouvernement3.
L’EPS, un droit fondamental
L’EPS ne se réduit pas à une simple activité de loisirs. Elle vise à former des citoyens autonomes, solidaires et en bonne santé, tout en luttant contre la sédentarité et les inégalités sociales.
Ce modèle, unique en Europe par la complémentarité entre EPS obligatoire et sport scolaire associatif (USEP, UNSS4), favorise la découverte d’activités variées et l’inclusion de tous, y compris des élèves en situation de handicap.
Pourtant, la confusion entre EPS (enseignement obligatoire) et sport (pratique volontaire) persiste dans l’imaginaire collectif. Cette méconnaissance nuit à la reconnaissance de la discipline et freine l’investissement dans les infrastructures nécessaires.
Un enjeu de santé publique et d’émancipation
L’urgence est sanitaire : l’augmentation de l’obésité, des troubles musculo-squelettiques et la baisse des capacités cardiovasculaires chez les jeunes imposent une réaction forte.
Pour beaucoup d’enfants, l’école reste le seul lieu d’activité physique hebdomadaire. Les bénéfices de l’EPS sur la santé, le bien-être et même la réussite scolaire sont établis. La généralisation des tests de condition physique en sixième, dès la rentrée 2025, vise à mieux diagnostiquer les besoins et à adapter les pratiques pédagogiques. Mais la réussite de ces réformes dépendra des moyens investis et de la capacité à considérer chaque élève comme un individu en devenir, et non comme une simple donnée statistique.
L’EPS, un investissement pour l’avenir de la République
L’initiative « 30 minutes d’activité physique quotidienne » et les programmes associés incarnent le souhait de faire du sport à l’école un levier d’égalité et de santé. Mais pour que ces ambitions deviennent réalité, il faut lever les obstacles matériels et culturels qui freinent encore la pratique sportive à l’école.
Préserver et renforcer l’enseignement de l’EPS à l’école, c’est investir dans l’avenir de la jeunesse et dans la promesse républicaine d’égalité des chances.
1 Enquête ONAPS : « Activité physique et sédentarité de l’enfant et de l’adolescent, Nouvel état des lieux en France » (2022).
2 Etude DEPP : « L’Europe de l’éducation en chiffres 2022 », décembre 2023.
3 Rapport sénatorial : « Redonner du souffle aux « 30 minutes d’activité physique quotidienne à l’école » pour améliorer la santé des élèves », septembre 2024.
4 USEP : Union sportive de l’enseignement du premier degré ; UNSS : Union nationale du sport scolaire.

Guillaume Dietsch
Après avoir été professeur d’EPS durant 10 ans en Seine-Saint-Denis, il enseigne depuis 2017 en STAPS à l’Université Paris-Est Créteil. Il est également l’auteur de plusieurs livres parus aux éditions De Boeck Supérieur : « Une histoire politique de l’EPS » (2022) ; « Les Jeunes et le Sport ». « Penser la société de demain » (2024) et « La France n’est pas un pays de sport ? Ce que le sport dit de notre société » (2025). Il s’intéresse à la manière dont les pratiques sportives façonnent et reflètent les évolutions sociales, éducatives et culturelles en France.