Le sport, levier d’inclusion sociale pour les personnes exilées

par | Mai 12, 2026

Article publié dans la revue Pour un monde plus humain de UP for Humanness en avril 2026

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le sport, même pratiqué en équipe ou à plusieurs, ne favorise pas systématiquement le lien social. Il faut vouloir créer du lien pour que celui-ci puisse véritablement éclore et se développer. C’est sur cette conviction que repose l’action de l’association Kabubu que nous présente ici Stéphane Oyono. Kabubu a pour ambition de permettre à des personnes éloignées du sport et des interactions sociales de se rencontrer et de tisser des relations nouvelles par la pratique sportive.

En France, la pratique sportive collective est particulièrement développée. Pourtant, celle-ci ne garantit pas toujours la création de lien social. Le sport en salle, par exemple, bien qu’il rassemble physiquement, reste souvent une activité individuelle pratiquée côte à côte. Les interactions sont rares, les échanges limités, et l’esprit d’équipe cède fréquemment la place à une logique de performance. Cette tendance met en lumière un paradoxe : faire du sport ensemble ne signifie pas nécessairement être ensemble.

 

Pour les personnes exilées, confrontées à des obstacles spécifiques dans l’accès à la pratique sportive (isolement, précarité, barrière de la langue, méconnaissance des dispositifs existants…), le sport peut pourtant être un formidable vecteur d’inclusion. Mais en pratique, il demeure souvent inaccessible, que ce soit pour des raisons administratives, financières ou d’accueil. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’action de Kabubu, une association engagée pour l’inclusion des personnes exilées par le sport.

 

L’association Kabubu agit en repensant la pratique sportive comme un outil de rencontre interculturelle et de reconstruction sociale. Concrètement, elle organise chaque semaine une trentaine de séances gratuites et ouvertes à toutes et tous, à Paris, Lyon et Strasbourg. Ces activités (football, yoga, course à pied, boxe, escalade, danse…) sont conçues pour accueillir des personnes aux origines, niveaux de pratique et situations sociales différents. Mais surtout, Kabubu accompagne chaque séance de méthodes d’animation favorisant le lien : temps d’accueil, constitution d’équipes mixtes, encouragements à l’échange et à la coopération. Car l’inclusion ne se décrète pas : elle se construit.

 

L’approche de Kabubu repose sur une conviction forte : le sport n’est un vecteur de lien social que lorsqu’il est intentionnellement rendu inclusif. Il devient alors un langage universel, capable de dépasser les barrières de la langue et les différences culturelles. Autour d’un ballon ou lors d’un échauffement collectif, les rôles s’équilibrent, les statuts s’effacent. Ce sont des moments d’égalité réelle, où chacun et chacune peut trouver sa place, tisser des relations et sortir de l’isolement.

 

Au-delà de la lutte contre l’isolement, ces espaces permettent aussi de lutter contre la sédentarité. La régularité des séances, la bienveillance du cadre, le plaisir de pratiquer ensemble (re)donnent envie de bouger, de s’investir, de revenir. Certains participants deviennent même bénévoles ou encadrants, prolongeant l’expérience au-delà du terrain et contribuant à leur insertion sociale et professionnelle.

 

Le tissu associatif, à travers des initiatives comme celle portée par Kabubu, montre combien le sport peut devenir un puissant levier de cohésion sociale. Loin des logiques marchandes ou compétitives, ces pratiques sportives réinventées redonnent du sens au collectif. Elles permettent à chaque personne exilée ou non de trouver une communauté d’accueil, un espace pour se (re)construire, et une voie vers l’inclusion.

 

Stéphane Oyono

Passionné de sport, Stéphane Oyono considère celui-ci comme un puissant levier pour favoriser une société plus inclusive. Il est responsable de la communication et de la gestion des projets au sein de l’association Kabubu, qui œuvre pour l’inclusion sociale et professionnelle des personnes exilées. Il nous partage son regard sur les enjeux de l’inclusion par le sport, rencontrés sur le terrain.

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