Red light, red flag ?

par | 3 Avr 2025 | PUMPH 14

Article publié dans la revue Pour un monde plus humain de UP for Humanness en février 2025

ÉDITORIAL PAR AMAURY PERRACHON

 

You don’t have to put on the red light
Those days are over
You don’t have to sell your body to the night
Roxanne
You don’t have to wear that dress tonight
Walk the streets for money
You don’t care if it’s wrong or if it’s right1

« Tu te fous de si c’est mal ou si c’est bien… », si tu vends ton corps, c’est bien sûr et surtout parce que tu n’as pas le choix.

C’est ainsi, en tout cas, pour ces femmes « importées » à Vincennes ou Boulogne à la condition de rembourser, grâce à des passes, une certaine somme, une chambre, des coups de fil à la famille, des repas… dans un cercle vicieux parfois infini.

Ces femmes qui veulent quitter le cadre familial qu’il soit sain ou malsain, s’émanciper, se sentir libres, mais qui ont besoin d’argent pour cela et croient n’avoir que leur corps à vendre. Celles qui croyaient vivre l’amour. Celles qui n’ont pas compris qu’elles devenaient un objet de commerce. Faim, pauvreté, guerre, soif d’un ailleurs, confiance aveugle, parfois même – plus profond et plus dramatiquement ironique – un besoin d’amour ou de reconnaissance, d’être regardées… bien rarement un choix libre et conscient.

Dans l’univers du droit ou de l’action sociale on parle de « traite à des fins d’exploitation sexuelle » plutôt que de prostitution, pour bien désigner qui est le coupable : l’être qui vend un autre comme au temps des esclaves, pas l’être qui est devenu victime.

De nouvelles victimes

Existent aussi – et il ne faut pas le négliger quoi qu’on en pense – des femmes et des hommes qui vendent leurs corps de façon libre et consentie, qui ne reversent pas leur argent à un autre. Escort, prostitué(e)s, travailleurs du sexe, ils défendent une profession et ont créé un syndicat, le STRASS. Mais ils n’ont malheureusement pas répondu à nos demandes de contribution.

Notre dossier s’est ainsi naturellement concentré sur un drame auquel il faut répondre aujourd’hui même s’il est multiséculaire, même si cela pourrait sembler vain : des femmes forcées, violées au quotidien par des systèmes organisés et dont certains sont en croissance.

En constituant ce dossier nous avons appris que le public des victimes évoluait : alors qu’il était majoritairement étranger, se multiplient depuis quatre ans les cas de françaises, pour moitié mineures. Elles ont quitté les trottoirs (péripatéticienne, du grec peripatetikós, qui aime se promener) pour les tréfonds d’internet et des locations éphémères, presque intraçables.

Elles souffrent tout autant et, en publiant ces pages, nous voulons participer à la réflexion sur ce qui pourra les sauver, ces milliers de Roxanne, étrangères ou locales, passées ou en devenir.

You don’t have to sell your body to the night.

1 Roxanne, The Police, 1978, chanson inspirée à Sting lors d’une nuit parisienne, observant une femme sur un trottoir près de la gare Saint-Lazare.

Amaury Perrachon

Responsable des publications UP for Humanness.

Poursuivez votre lecture 📖