Se passionner pour s’évader

par | Mar 25, 2024

Article publié dans la revue Pour un monde plus humain de UP for Humanness en décembre 2023-mars 2024

Directrice de l’orchestre Ostinato, Emmanuelle Duthu a porté le projet En musique pour plus d’humanité qui amène la musique au cœur de l’univers carcéral ou auprès de personnes malades et isolées. Avec nous, elle est revenue sur les fruits que portent ces instants « d’évasion » dans ces lieux où ils détonnent avec l’atmosphère générale.

On connait les vertus de la musique sur les personnes atteintes de maladie mentale comme Alzheimer ou sur les tout petits. Elle permet d’accroître les capacités du cerveau, de développer la concentration, l’écoute, les facultés de mémorisation et de reproduction. Plusieurs études ont démontré que la découverte musicale dès le plus jeune âge favorise la réussite scolaire. À tous elle apporte la paix, la beauté, la douceur… 

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Les personnes isolées, qu’elles soient dans un hôpital, dans la rue, dans un accueil de jour, n’ont pas la chance d’en profiter or on sait les bénéfices de la musique sur leur état psychologique.

Le projet “En musique pour plus d’humanité” a voulu aller à la rencontre de ces personnes.

Ils vivent des émotions insoupçonnées par la beauté de ce qu’ils produisent.

Parmi elles, les personnes détenues sont particulièrement vulnérables et réceptives. La musique n’est pas absente en prison, le rap est partout. Nous avons voulu leur faire découvrir une autre musique, la musique classique dont ils pensent ne pas posséder les codes, dont ils se sentent parfois indignes, qui leur semble inaccessible. Et nous avons voulu aller plus loin en leur faisant pratiquer cette musique. S’ils arrivent à s’affranchir de leur propre fierté lorsqu’ils chantent une berceuse sous le regard de leurs co-détenus, le pari est gagné.

Les bénéfices pour eux sont immenses. Non seulement ils ne sont plus seuls, mais ils vivent des émotions insoupçonnées par la beauté de ce qu’ils produisent.

Le pôle culture du SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) les invite par courrier à participer à l’atelier. Selon les établissements ce sont parfois presque 200 candidatures qui sont étudiées. Les heureux ou heureuses élu(e)s sont celles et ceux qui n’ont pas d’autres activités culturelles, qui se comportent bien ou qui ne travaillent pas aux mêmes heures. Les motivations sont diverses, certains apprécient la musique ou en ont une vague idée et postulent en connaissance de cause. Mais beaucoup viennent simplement pour sortir de leur cellule et de leur solitude, obtenir des points de bonne conduite donc beaucoup ne savent pas à quoi s’attendre. La barrière de la langue exclut certains détenus de beaucoup d’activités. La musique, langage universel, est la seule pratique qui leur est accessible. C’est donc pour presque tous une véritable découverte. L’un disait après la première séance “c’est pas mon kiff cette musique mais j’aime bien” et il était un des plus émus le jour du concert.

Grégoire Etrillard, avocat pénaliste qui a créé l’association “En coeur” et avec qui nous collaborons depuis 4 ans à Fleury Mérogis, a choisi d’intervenir en maison d’arrêt car c’est un endroit où les personnes détenues “sont les plus pauvres parmi les pauvres”. Leur état de prévenu en attente de procès les exclut de presque toutes les activités et leur état mental est très fragile car dans l’incertitude totale de leur avenir. La musique est un exutoire encore plus fort pour eux.

Au-delà de la pratique chorale ou des percussions qui pour reprendre leurs mots “leur permettent de s’évader”, la venue de jeunes musiciens présentant leurs instruments, contre toute attente, les passionne. Nous avons même eu le cas d’une personne qui feuilletait en cachette de ses co-détenus un petit livre d’image sur les instruments, emprunté à la bibliothèque de la prison le jour de la séance, lui qui savait à peine lire.

Enfin, on sait que la prison est un lieu de grande solitude pour les personnes détenues mais une solitude dans la promiscuité et le bruit permanent. Dans ces journées vides, ce projet permet d’offrir paradoxalement une pause. Un instant de beauté où la musique prend le pas sur le bruit, un apaisement se produit – les surveillants nous le disent – et c’est parfois une découverte, un déclic pour l’avenir.

Emmanuelle Duthu

Après des études de musicologie et de management, elle travaille principalement dans la communication au Musée d’Orsay et au Palais de Tokyo, puis au sein du Groupe Bayard et enfin à la Société-de-Saint-Vincent-de-Paul. En 2018, elle revient à ses premières amours et rejoint l’Orchestre Ostinato pour y insuffler une dimension humaine autour de la solitude et l’isolement.

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