Article publié dans la revue Pour un monde plus humain de UP for Humanness en octobre 2026

Comment permettre à la famille de jouer un véritable rôle dans l’avenir d’un enfant ? Comment permettre cette collaboration si laborieuse entre parents, enfants, juges et éducateurs ? C’est le défi que cherchent à relever la Conférence familiale et la Conférence jeune que Hélène van Dijk nous présente dans cet article. Fondatrice de l’association Question de justice, elle a à cœur de promouvoir cet outil de justice restaurative lorsqu’une décision de placement est prise.

La loi Taquet de 2025 (1) met l’accent sur la nécessité pour l’enfant d’avoir son réseau familial impliqué dans sa vie, et pas seulement ses parents. En tant qu’ancienne assistante familiale, j’ai toujours ressenti de la peine pour les enfants non seulement coupés de leur famille mais aussi de leur voisinage, leurs camarades, leur école; et en tant que parent, laisser ses enfants à de parfaits inconnus me paraît très angoissant. La Conférence familiale rend la rencontre possible entre les familles, l’éducateur et le chef de service.

La Conférence familiale est une pratique ancienne de la culture maorie, en Nouvelle-Zélande. La sagesse de cette pratique a éveillé l’intérêt du gouvernement de ce pays, qui a permis de développer cet outil de justice restaurative. Le Children, Young Persons and Their Families Act de 1989 stipule qu’« aucune décision judiciaire ne peut être prise sans que la famille – il s’agit ici d’une vision très large de ce qu’est la famille – ait été mise en capacité de trouver une solution par elle-même». Parce que la décision de placement d’un enfant est une décision judiciaire, les services de la protection de l’enfance s’en sont saisis. C’est le cas également en France où plusieurs départements mettent en œuvre la Conférence familiale, ce qui permet non seulement de réduire le temps des placements et des mesures éducatives mais aussi de redynamiser les relations.

La Conférence familiale consiste en une rencontre au cours de laquelle la famille peut poser des questions et trouver des solutions qui seront consignées dans un plan d’action. C’est l’occasion de se concerter sur des situations difficiles à résoudre, telles que des soupçons de violence (confirmés ou non), les familles recomposées en conflit, les troubles psychiatriques touchant les membres de la famille, les divorces, les décès et leurs conséquences.

La famille – ou la personne – est accompagnée par une coordinatrice pour décider de sa question centrale – une question ouverte tournée vers l’avenir – et qui elle souhaite inviter. Participent à ces réunions les adultes et les enfants, les membres de la famille de cœur et des personnes en qui elle a confiance y compris les professionnels concernés. Pour les décisions et l’élaboration du plan d’action, les personnes restent seules avec leurs invités : c’est un temps privé. Une fois que ce temps est terminé, la coordinatrice lira le plan d’action avec eux pour s’assurer que tout est clair. Elle n’en modifiera pas le contenu : celui-ci restera à 100 % celui de la famille concernée et de ses invités qui l’ont tous signé.

Un exemple de Conférence familiale

La coordinatrice a demandé au garçon de 10 ans dont la mère était admise en hôpital psychiatrique quelles étaient les personnes qui comptaient pour lui. Deux tantes, un grand-père et un ami de son père décédé étaient prêts à réfléchir à un plan d’action. Cela a permis au garçon de vivre chez une tante tout en restant en contact avec sa mère. Il a pu continuer à vivre dans son environnement familier et à jouer au foot, ce qui était très important pour lui. Le réseau n’est pas toujours la bonne réponse, mais il est essentiel pour trouver une solution adaptée. Le garçon a eu le sentiment d’être vraiment écouté.

Pour certaines équipes de travailleurs sociaux des départements il peut être difficile d’envisager un changement de paradigme aussi radical que celui demandé par les Conférences familiales. Il convient parfois de proposer un changement en douceur, en intégrant l’approche fine de la Conférence familiale avec d’autres pratiques plus faciles à mettre en place, comme la Conférence jeune. La question est connue d’avance : comment préparer ma vie d’adulte? Il s’agit ici de planifier un avenir souhaité par la formulation d’objectifs à court et à long terme. Un petit groupe d’invités va parcourir tous les domaines de la vie pour imaginer quelles situations pourraient contribuer à la réalisation des objectifs fixés comme dans un remue-méninges. Dans le temps privé – la pause pour les invités – le jeune coche les meilleures idées dans chaque domaine. Le groupe revient pour prendre connaissance des choix et contribue à réfléchir à la manière de mettre en œuvre ces décisions.

Un exemple de Conférence jeune

Mère et fille, réunies depuis peu, demandent une Conférence jeune car la jeune s’est vue refuser l’accès à la formation CAP petite enfance. Elles ont surmonté tant d’obstacles ensemble et pensaient enfin arriver à un résultat satisfaisant. Elles ne savent plus quoi faire. Une voisine, une amie, une éducatrice de jeunes enfants et une assistante sociale participent à la réunion. Au mur sont accrochées de grandes feuilles sur lesquelles sont indiquées : qualités et compétences, objectifs à court et à long terme, finances, transports, formation, etc. Le groupe note avec la jeune les situations souhaitées pour pouvoir atteindre les objectifs. Les participants prennent tout le temps nécessaire pour expliquer les différentes options. La mère et la fille commencent à comprendre et – donc – à poser des questions sur l’avenir. N’y a-t-il pas d’autres possibilités pour devenir aide-éducatrice de la petite enfance alors? Le diplôme BAFA, aider une assistante maternelle, une éducatrice à la retraite qui accueille des enfants chez elle, une crèche qui recherche des bénévoles, une formation en ligne? Existe-t-il une formation professionnelle équivalente à la première année du CAP? Les idées fusent! À la fin de la réunion, elles expriment leur gratitude  : c’est la première fois qu’on leur a consacré du temps.

Les Conférences jeune permettent aux jeunes de s’épanouir et de prendre conscience que leur vie peut changer, qu’ils en sont devenus les acteurs ! En lançant une Conférence familiale, les participants évoluent tout autant. Comme l’objectif est aussi d’apporter un changement au sein du cercle des proches, cela demande un investissement considérable. Afin de permettre à chacun de commencer à reprendre prise sur sa vie, nous proposons de réunir les deux Conférences dans une troisième configuration « Mon Plan d’Avenir ». Il ne sera pas question de relations familiales mais de prendre son autonomie, avec le soutien de seulement quelques invités et, comme dans les Conférences, de développer son pouvoir d’agir. La personne concernée décide si elle souhaite organiser cette réunion, quels en sont ses objectifs et comment les concrétiser. Les Conférences familiales et les Conférences Jeune ont déjà démontré que l’intelligence collective permet de dénouer des situations complexes. 1

1 La loi Taquet a été promulguée en 2022, l’autrice évoque ici des amendements datant de 2025.

Hélène van Dijk

Hélène van Dijk est née aux Pays-Bas ; elle a été assistante familiale pendant 25 ans avant de découvrir la justice restaurative, dont les Conférences familiales. En 2012 elle a fondé l’association et organisme de formation Question de justice  : c’est une question de justice d’avoir droit à la justice restaurative, dans le domaine civil, comme dans le domaine pénal.